Luc Bouard: « Le gouvernement a l'occasion de redessiner le contrat social »

28/12/2018

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Luc Bouard, maire (LR) de La Roche-sur-Yon, espère que le grand débat national permettra de dessiner un projet commun, avec les élus locaux.

Maire de La Roche-sur-Yon en Vendée, Luc Bouard est un élu pragmatique qui n'a pas sa langue dans la poche. Toujours encarté chez Les Républicains, il fait partie du mouvement d'élus La France audacieuse lancé par le maire de Nice, Christian Estrosi. On le dit «  Macron-compatible  » et il fait partie des élus locaux régulièrement consultés par Édouard Philippe. Comment compte-t-il participer au grand débat national lancé par le président de la République ? Luc Bouard s'est confié au Point.


Le Point : Allez-vous participer à la grande concertation nationale lancée par Emmanuel Macron ?

Luc Bouard : C'est notre devoir de mettre en place cette consultation. Mais j'attends encore que la forme soit définie. Je ne crois pas beaucoup à un rassemblement dans une salle avec 500 personnes. Chacun doit pouvoir s'exprimer et sous des formes diverses : cahiers de doléances, consultations numériques, échanges sur blogs... Ce sera plus constructif ainsi.


Certains de vos collègues ne veulent pas participer à une communication gouvernementale. Qu'en pensez-vous ?

Moi, ce qui m'intéresse, c'est la communication citoyenne. Et pour cela, les maires sont les meilleurs relais. Si les préfets étaient en première ligne, on parlerait plutôt de missi dominici du pouvoir. Je préfère que cette mission soit confiée aux collecteurs naturels des desideratas de la population que nous sommes, nous les maires. Et ce débat peut être aussi l'occasion d'exprimer ce que nous avons à dire.


Qu'avez-vous à dire, vous, Luc Bouard ?

Que l'État devrait davantage consulter les élus locaux avant de voter des lois sans savoir si elles seront vraiment applicables. C'est une des raisons de la crise actuelle. Nous avons rompu le lien entre le député-maire ou le sénateur-maire qui étaient les courroies de transmission entre le pouvoir et les citoyens. La mise en place du mandat unique fut une fausse bonne idée. Les Français voulaient davantage une rémunération unique plutôt qu'un mandat unique. Maintenant, ce lien est à reconstruire.


Comment s'y prendre ?

Il appartient à nos gouvernants d'imaginer un lien direct avec les Français. Le Sénat, par exemple, ne devrait-il pas être une assemblée qui réunirait les élus locaux, présidents de département, présidents de région et les délégués de maires, devenant ainsi une vraie chambre de représentants des territoires, et donc des électeurs ? On ne reviendra pas en arrière sur le non-cumul des mandats, mais il faut faire en sorte que cette situation ne soit pas nuisible à l'équilibre territorial.


Qu'attendez-vous de la consultation lancée par Emmanuel Macron ?

En tant que citoyen, je considère que toute crise porte en elle une opportunité. Le gouvernement, s'il sait saisir la balle au bond, a une formidable occasion de redessiner le contrat social. Il faut qu'il ait confiance en sa population et dans ses élus. Et la base – je ne parle pas des derniers Gilets jaunes qui ne sont plus que 30 000, mais des premiers, nombreux, qui se sont mobilisés au début – doit avoir confiance en ceux qui sont élus pour mener ce chantier. Il faut dépoussiérer notre Constitution votée en 1958 pour qu'elle soit adaptée à 2028. C'est cela que nous devons imaginer ensemble. Moi qui suis d'un naturel optimiste, je suis persuadé que l'on va y arriver.


En libérant la parole, ne risque-t-on pas d'avoir un déballage type réseaux sociaux sur la place publique ?

Une telle consultation, c'est vrai, peut être un exutoire pour exprimer des choses pas forcément constructives. Mais j'ai confiance en mes concitoyens. Une société n'est pas une somme d'égoïsmes. Il y a un souffle à retrouver, un projet commun à dessiner.


En avez-vous parlé avec Emmanuel Macron ?

Je ne l'ai pas vu récemment. Mais j'ai déjeuné avec Édouard Philippe à Matignon le 13 décembre. C'est un garçon qui a gardé toute son énergie et toute la volonté de son engagement. Je n'ai pas senti quelqu'un d'abattu. Il a la volonté d'amener son pays vers quelque chose d'apaisant et de constructif.


Et le président, comment le percevez-vous aujourd'hui ?

Il est compliqué pour lui d'avoir été un président porté aux nues il y a 15 mois et de connaître une chute vertigineuse dans les sondages et, surtout, dans l'esprit des Français. Il y a eu une accumulation de petites erreurs : des phrases à l'emporte-pièce, des décisions maladroites comme les APL qui n'apportaient pas grand-chose financièrement. Cela a nourri un mal-être dans le pays. Puis, le prix du baril qui explose au moment où l'on ajoute des taxes, des leaders d'extrême gauche comme d'extrême droite qui jettent de l'huile sur le feu... La situation est devenue intenable. Il y a eu une élection, ce n'est pas parce qu'on l'a perdue qu'il faut remettre en cause continuellement la valeur de celui qui a gagné... En démocratie, on peut s'opposer, mais dans le respect des uns et des autres.


Avez-vous toujours confiance en Emmanuel Macron ?

Il y a autour de lui quelques ministres de nature à changer les choses. Mais beaucoup de choses sont à remettre à plat. Édouard Philippe, Emmanuel Macron, Bruno Le Maire sont des responsables qui savent écouter, déduire, construire. Ils sont aux manettes, à eux de nous montrer de quoi ils sont capables et on travaillera ensemble.


Propos recueillis par Jérôme Cordelier

Publié le 28/12/2018 | Le Point.fr

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