Christian Estrosi revendique son interventionnisme pour pallier "les faiblesses d’un État qui se révèle nu face à la crise" - Le Figaro 11 avril 2020.

13/04/2020

Par Tristan Quinault-Maupoil


Il publie des arrêtés plus vite que son ombre. À Nice, le maire LR Christian Estrosi revendique son interventionnisme pour pallier «les faiblesses d’un État qui se révèle nu face à la crise». Couvre-feu, surveillance par drones, désinfection des rues, usage de la chloroquine au CHU, obligation du port d’un masque après le déconfinement…


«Pour moi, le maire c’est un peu le papa de tous ses concitoyens», glisse celui qui a très tôt été contaminé par le coronavirus. Son opposant RN Philippe Vardon fustige des effets de manche, mais ses initiatives font tache d’huile en France, et l’ancien ministre enregistre un bond dans les sondages. «J’ai décidé de m’emparer de cette crise. Je reconnais que quelques fois, sur certains sujets, je peux être à la limite de la légalité. Mais je n’allais pas laisser au bord du chemin des administrés, des entreprises, des gens en grande précarité, en grande situation de fragilité. Y compris les personnels de l’État…», insiste l’édile de la 5e ville de France.


Estrosi dénonce les lacunes de l’État en s’abstenant de s’en prendre au président de la République qui « a hérité » des conséquences d’une « chaîne ininterrompue d’idéologies naïves »


Le gouvernement accueille diversement sa méthode. Sans le citer, Christophe Castaner a prôné jeudi «l’égalité territoriale» tandis qu’Elisabeth Borne et Jacqueline Gourault ont critiqué la désinfection des rues. «Il y a une complémentarité entre la réponse de l’État et celle des maires qui ont l’intelligence du terrain», nuance-t-on à Matignon où l’on rappelle au Figaro que «le premier ministre a des relations d’amitié avec Christian Estrosi». Élu «constructif» soutenu aux municipales par LREM - tout en gardant sa carte aux Républicains -, Estrosi dénonce les lacunes de l’État en s’abstenant de s’en prendre au président de la République qui «a hérité» des conséquences d’une «chaîne ininterrompue d’idéologies naïves».


L’opinion pour lui


Gaulliste revendiqué et en même temps avocat de la décentralisation, il préfère titiller la Place Beauvau, où lui-même fut secrétaire d’État, au côté de Nicolas Sarkozy. «J’ai de la sympathie pour Christophe Castaner, mais quand il dit aux maires qu’ils ne doivent pas faire ceci ou cela, je lui dis “un peu de modestie s’il vous plaît”. Parce que c’est moi qui fournis la police nationale quand ses syndicats viennent me réclamer des masques que leur hiérarchie ne donne pas…», griffe Christian Estrosi.


"Un maire en temps de crise sanitaire n’en fait jamais trop"
Laurent Hénart, maire de Nancy


Sûr d’avoir l’opinion pour lui, il persiste: «Les ministres disent, mais ça m’est égal, je continue à faire. Il y a quelques mois le gouvernement était pour le droit à la différenciation, à l’expérimentation des collectivités…» L’Ifop note qu’il a gagné en mars 11 points dans son baromètre Paris Match-Sud Radio. «C’est l’effet couvre-feu et un certain courage. Même s’il n’a pas été réélu dès le premier tour des municipales (47,62 %) c’est un élu local reconnu. Il prend des décisions à partir desquelles beaucoup de maires emboîtent le pas», analyse Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l’institut de sondage.


«Un maire en temps de crise sanitaire n’en fait jamais trop», acquiesce le maire Radical de Nancy, Laurent Hénart, qui a pris exemple sur Christian Estrosi pour imposer l’usage de la chloroquine dans son CHU. D’autres sont moins laudatifs. Maire d’Antibes, Jean Leonetti a demandé au préfet des Alpes-Maritimes une «cellule de coordination» face à «la surenchère de certaines communes». L’ex-patron par intérim de LR reproche à son voisin d’avoir «monté une grogne entre les petites et les grandes villes. Les Français sont plus attachés à l’équité qu’à la liberté».


«L’avantage de Christian Estrosi c’est qu’il est toujours dans la dynamique et l’anticipation. Il pose des questions au-delà de la compétence strictement municipale», se félicite Jean-Luc Moudenc, le maire LR de Toulouse, membre de La France audacieuse, le mouvement du maire de Nice.


Mais l’édile de la Ville rose, juriste pointilleux, n’a pas appliqué les mêmes recettes. La chloroquine? «Ça relève des autorités sanitaires. Je n’ai pas d’expertise.» La désinfection des chaussées? «On m’a dit que ce n’était pas utile.» Qu’importe, son ami niçois veut continuer sur sa lancée: «La priorité des priorités à la sortie de la crise, ça sera une grande loi de décentralisation.»


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